Get Adobe Flash player

L’identité et l’identification chez l’adolescent

L’Identité et l’identification chez les adolescents

Kestemberg

 

Cet article présente de façon globale les difficultés des ado, les ambiguïtés, et avec quelques exemple cliniques et thérapeutiques.

 

Période de l’adolescence = bouleversement profond des investissement objectaux et narcissiques.

Adolescence : caractérisée par une extrême difficulté à en préciser aussi bien les contours que le contenu.  On ne peut lui donner un contenu qu’en la définissant par la négative : un ado est quelqu’un qui n’est plus en enfant et n’et pas encore un adulte (d’ailleurs, les ado eux-mêmes le vivent ainsi : ils ne savent pas ce qu’ils sont, ont besoin de rejeter leur passé et n’ont qu’une perception floue de leur avenir.

 

Définitions du Littré : adolescence

= âge qui succède à l’enfance et qui commence par les premiers signes de la puberté.  Définition largement dépassée par les faits car un enfant pubère de 12 ans est-il vraiment un ado ??

= synonyme de jeunesse et exprime l’âge compris entre l’enfance et l’état adulte.

 

Remarque : « adolescere » = croître, pousser, grandir, se fortifier, dépasser l’âge de la tutelle, devenir majeur.

 

On peut donc dire que l’adolescence a un point de départ incontestable : le remaniement biologique pubère.  On ne peut pas dire que l’adolescence est l’âge de la puberté mais elle en est déterminée.

 

L’adolescent va se retrouver confronté à des besoins sexuels jusque là méconnus comme tels. L’ado va ressentir un sentiment d’inadéquation, source d’interrogations anxieuses (explicites ou implicites).

 

D’où : nouvelle définition de l’adolescence : période du développement où l’enfant est en possession d’un organisme d’adulte dont il ne sait pas très bien quoi faire.  A la maturation instrumentale sexuelle génitale ne correspond pas la maturation psycho-affective.

 

Le contexte socio-culturel joue aussi un rôle capital : l’ado est considéré par ses parents, son entourage, parfois comme un enfant, parfois comme un adulte : il est un « pré-quelqu’un ».

 

Le thérapeute devra à tous les niveaux (pré-génital, génital, socio-culturel) répondre à la corrélation étroite qu’il y a entre identité et identification et tenir compte de la personnalité de l’adolescent qui dépend des mouvements identificatoires refusés ou acceptés.  Il existe une dimension de l’interrogation anxieuse sur l’identité que renvoient les difficultés d’identification.

 

NB : nous voyons bien, à partir du schéma oedipien que identité et identification sont très corrèlés et nous savons aussi combien l’angoisse de castration est elle-même infiltrée par l’ancienne angoisse de morcellement.

 

Les jeux relationnels vont organiser l’identité par deux systèmes : le connu et le vécu, c’est-à-dire entre ce que l’ado sait et ce qu’il sent, entre ce qu’il vit et ce qu’il voit, entre les parents qu’il devrait avoir et ceux qu’il a ou qu’il croit avoir.  C’est dans cette constante oscillation entre ses images et ses désirs que l’ado essayera d’appréhender sa personne et le monde, suivant qu’il pourra accepter son image et ses images ou les refuser.

 

Entre son identité et ses identification, entre son idéal du Moi, ses images parentales et les images que la réalité lui donne de lui-même et de ses parents, il existe des corrélations.  L’ado cherche à se distancer de cela au moyen du connu.

 

Remarque : c’est souvent par le langage que l’ado va marquer son besoin de rejet des autres et de sa personne, c’est à dire sa révolte.

 

Lors de la crise de l’adolescence, il y a altération profonde des relations affectives génitalisées et des satisfactions libidinales narcissiques (= estime de soi).  Selon Anna Freud : remaniement normal, qui ne devient pathologique que quand il se prolonge au-delà de la durée habituelle et entraîne des désordres particulièrement graves.  C’est pourquoi « nous entendons cette crise comme un organisateur ».

 

-          en cas de crise ouverte : il y a toujours un refus forcené du conflit oedipien qui se traduite par un rejet brutal (surtout grossier ou / et ironique) des images parentales et des idéaux éthiques et sociaux des adultes.  (pour l’ado : souvent une blessure narcissique profonde.  Le fait d’avoir des parents tels qu’il doive les rejeter est ressenti comme un témoignage de leur non-valeur personnelle, ce qui fait que l’ado a besoin de garder le secret de son rejet des parents et témoigner ouvertement du fait qu’ils sont bons et estimables …)

Le rejet des images parentales (et donc du conflit d’identification) s’inscrit dans une recherche angoissante de l’identité propre de l’ado.

 

-          Dans les cas favorables : l’ado s’insère dans un groupe identificatoire ; il trouve ainsi un idéal du moi provisoire qui suffit à restaurer son estime de soi tout en le distanciant des conflits émotionnels dont il est la proie : réalisation d’un équilibre utile qui lui apporte suffisamment de satisfactions libidinales tolérables (les objets investis sont en quelque sorte dilués dans le groupe ; ceux-ci semblent alors désérotisés).

 

Manifestations habituelles du conflit de l’adolescence à travers des attitudes symptomatiques diverses) : va des simples difficultés scolaires à ce qu’Anna Freud a décrit comme le comportement de « l’ado ascétique »  c’est à dire pour qui toute satisfaction de besoins, même les plus fondamentaux, est impossible ; toute satisfaction est culpabilisée en fonction de l’imprégnation oedipienne de tout mouvement de besoin ou de désir mais pour eux, la seule façon de se sentir cohérents, c’est à dire « existants », se trouve dans le refus.

L’ado « ascétique », pour se sentir exister, doit se sentir différent de touts les autres et ainsi vérifier qu’il ne dépend pas d’eux, qu’il peut vivre sans eux.  D’où une espèce de satisfaction perverse dont ils n’ont pas conscience.

 

Ces ado se veulent et se situent en dehors de toute relation avec ces « autres » qu’ils méprisent et qui les « dégoûtent ».

 

Pour que l’ado sorte de cela, il faut lui en montre la non-authenticité et le sécuriser dans une attitude relationnelle.

 

L’importance du conflit oedipien dans la constitution de la crise de l’adolescence et la difficulté de trouver l’équilibre utile dans des positions régressives ou dans des positions symptomatiques stables (comme on peut les observer chez les adultes) peuvent être imputées au fait que la période de l’adolescence est un mouvement de mise en place d’une personnalité non encore constituée.

 

A l’adolescence, que deviennent les activités autonomes du Moi ?  Pourquoi ce système relationnel du connu ne leur est plus d’aucune utilité ?

 

A l’adolescence, surinvestissement des fonctions autonomes du Moi qui en rendent l’utilisation neutralisée, en quelque sorte impossible parce qu’elles sont chargées d’une signification libidinale et d’une érotisation qui les rendent conflictuelles.

 

En cas d’échec scolaire :

Hypothèse : Les modifications corporelles des ados, intégrées dans leur système cognitif mais non utilisées en tant que telles infiltrent toutes leurs possibilités instrumentales et cette non-utilisation des organes génitaux se déplace sur la mauvaise utilisation des organes instrumentaux intellectuels.  Mais à son tour, cette mauvaise utilisation provoque le même sentiment d’incomplétude, la même angoisse de castration que celle relative aux organes génitaux proprement dits.

 

Quelle que soit la tempête qui se déroule au sein des ado, si elle n’altère pas leurs possibilités de réalisation scolaire ou professionnelle, si elle leur permet de trouver, par des activités de groupes, des idéaux valables et une utilisation efficace de leurs possibilités instrumentales, on assiste à un dénouement progressif de la crise qui finira par une insertion satisfaisante dans une vie adulte (et ceci d’autant plus que l’utilisation de ces activités instrumentales a en elle-même une valeur hautement structurante pour le Moi)

 

Adolescents schizophrènes, névrosés :

Leur Moi est fragile et en mouvement.  Ils ne peuvent trouver un compromis utile dans une position névrotique stable.

 

EN RESUME

 

  • L’adolescence se caractérise par le réajustement de la structure antérieure du Moi à une modification corporelle (avec acquisition de la maturité de l’appareil génital).   L’adolescent doit intégrer dans son système relationnel libidinal cette maturation évolutive : personnalité quasi entièrement remise en question.
  • Dans notre système socio-culturel, l’acquisition de la maturité génitale n’entraîne pas d’office la possibilité d’utilisation concrète avec autrui de cet appareil génital et n’entraîne pas d’office la possibilité d’utilisation concrète avec autrui de cet appareil sans entraîner pour autant une sanction sociale de cette maturité.  L’adolescent ne trouve pas, dans le contexte social, une réponse à la maturité acquise de son sexe.
  • Reviviscence des conflits fantasmatiques.  Tout le système relationnel de l’adolescent par rapport aux images parentales est bouleversé : l’ado est en proie au désir conscient de rejeter brutalement ses parents, ses images parentales, afin de pouvoir s’affirme et ce, accompagné d’une augmentation de l’angoisse de la cohésion de sa personne : il se veut étranger aux autres et se retrouve étranger à lui-même.  Sentiment d’intense solitude.
  • Dans le cas où ce remaniement des images parentales est très profond, les fonctions autonomes du Moi sont surinvesties ; elles perdent leurs valeurs structurantes et deviennent aussi anxiogènes.
  • Les ado sont en recherche de l’idéal du Moi mais l’écart entre ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent entraîne un nouveau une angoisse quant à la cohésion interne.

Paradoxalement, cette recherche de l’idéal du Moi entraîne fréquemment une atteinte de l’estime de soi.

Entre la libido objectale et la libido narcissique.

  • Difficultés souvent relationnelles (avec les autres ou avec son corps propre)

Défense : besoin d’affirmation en dehors de toute relation avec les adultes.  Ce besoin constitue l’essentiel du vécu conscient de l’ado.

  • Difficulté de se trouver « intègre » face à des images parentales « intègres ».

Tous les symptômes de l’adolescence, tous ses comportements (souvent étranges) ne doivent pas être pris à la lettre mais plutôt être interprétés comme des positions momentanément utiles pour répondre à l’anxiété qui les sous-tend.

L’adolescent fait feu de tout bois pour se poser en face des autres et se poser à ses propres yeux.

 

Travail du Thérapeute

 

Un ado, face au thérapeute, aura une attitude de prestance (ex : indifférence). Pour lui (qui éprouve rarement le besoin de consulter par lui-même), le thérapeute répond, comme ses parents, professeurs, etc. à une image parentale confuse ; c’est une des première difficultés de contact : le praticien devra se démarquer de l’autorité parentale sans pour autant la remettre en question.  Il ne faut donc pas prendre à la lettre les attitudes oppositionnelles de l’adolescent.  Au contraire, il est bien de revaloriser ses positions narcissiques.

L’adolescent doit percevoir chez le thérapeute une compréhension possible de ses difficultés (celles que l’ado se reconnaît consciemment) et un respect par rapport au personnage en lequel l’ado a tenté de se modeler.

Toute l’attention doit être centrée sur le respect du surinvestissement narcissique secondaire qui caractérise les adolescents.

 

Le thérapeute devra éviter toute attaque des mécanismes de défense de l’adolescent.  Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas éviter le langage direct, au contraire ! Une attitude de sollicitude ou de ménagement est souvent interprétée par les adolescents comme le reflet chez le thérapeute de la peur qu’ils ressentent eux-mêmes devant ce qu’ils sont.

 

Une rencontre heureuse entre l’adolescent et le thérapeute (rencontre identificatoire pour l’adolescent) est donc une condition nécessaire à la réussite d’une thérapie mais pas suffisante.

 

Il faut alors trouver une technique capable de rendre l’adolescent en possession des pulsions libidinales qu’il refoule.  Il faut rendre possible l’instauration d’une relation transférielle (qui est ce contre quoi l’ado s’insurge).

 

Remarque : psychodrame analytique = traitement d’élection qui permet de pallier les difficultés inhérentes à la cure des adolescents.  On a intérêt à y recourir chaque fois qu’il semble utile de passer au-delà d’une thérapie superficielle (alors qu’une cure classique s’avère impossible).

 

 

CONCLUSION

 

La crise de l’adolescence : qu’elle se passe de façon spectaculaire ou non, elle est un « organisateur » dans la mesure où le remaniement de la personnalité induit par la maturité génitale est un moment à la fois nécessaire et angoissant et nécessairement angoissant dans la structuration de tout individu.

Si cette angoisse ne peut être jugulée (en fonction de l’intensité des conflits) la pathogénie (présente et incluse dan le déroulement même de la crise) deviendra prévalente et pourra entraîner une névrose, une psychose ou une perversion.

 

Mouvement nécessaire qui entraîne une restructuration (soit heureuse, soit morbide) e la personnalité mais qui, en lui-même, n’est pas pathologique.Identité et identification chez l\'adolescent (848)

 

 

 

 

 

VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 0.0/10 (0 votes cast)
VN:F [1.9.22_1171]
Rating: 0 (from 0 votes)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>