L’adolescence, une phase de la vie pas facile à traverser

L’adolescence est la période de la fameuse crise. Rejet de l’autorité, désir d’autonomie, voire fugues. Difficile de gérer ces moments, pour la famille, mais aussi pour le principal intéressé. Vous avez tout essayé, du dialogue patient aux menaces, mais rien n’y fait. L’aide et le soutien de spécialistes sont souvent utiles pour débloquer la situation. La psychologie de l’adolescent, discipline apparentée à la psychologie de l’enfant, a pour objet d’étude les processus de pensée et les comportements de l’adolescent, son développement psychologique et ses problèmes éventuels. Avec l’entrée dans la puberté, les changements physiques, comme la maturation des organes sexuels, la poussée de croissance et la maturation du cerveau, accompagnent des changements cognitifs, affectifs et sociaux. L’adolescent développe sa capacité à penser de façon abstraite et à raisonner de manière plus efficace et scientifique. Il développe son jugement moral. Les relations avec les pairs prennent une grande importance, accompagnant une indépendance accrue vis-à-vis des parents, et les premières relations amoureuses et expériences sexuelles. L’adolescence est une période de recherche d’identité et de choix d’orientation. La discipline étudie ces changements dans une perspective développementale. 

Les atouts de l’adolescence

La puberté est une expérience de la nature qui permet de prendre en considération de façon intégrée, dans leurs relations, les trois plans d’organisation de l’humain : biologique, psychologique et social. Les transformations pubertaires, d’ordre biologique, ont immédiatement des répercussions psychologiques sur l’image de soi, les besoins et les aspirations  et comportementales ; elles ont aussi des répercussions sociales sur les attitudes, les comportements et les attentes des partenaires de l’environnement proche que sont les parents, les autres adultes, les pairs. Les comportements de l’individu, comme ceux des autres, sont influencés par l’environnement socioculturel qui confère aux transformations pubertaires des significations et des valeurs, et fournit des normes formelles ou informelles de conduites. Vivre précocement sa puberté entraîne des modifications de l’image de soi, des motivations, et des relations avec l’environnement proche. Ces filles précoces se sentent plus mûres, autour de 14 ans, que les autres filles de leur âge et tendent à rechercher la compagnie de camarades plus âgés qui leur correspondent mieux aux plans de la maturation physique et des intérêts. Dans les groupes mixtes d’adolescents plus âgés auxquels elles adhèrent (environ 17 ans), elles trouvent des opportunités et des incitations pour des expériences sociales nouvelles. Par identification aux autres du groupe, elles adoptent des comportements inadaptés par rapport aux attentes sociétales normées pour leur âge de 14 ans : consommations excessives d’alcool, conduites transgressives comme ne pas respecter les interdits, sécher les cours, relations sexuelles. Les résultats montrent que leurs comportements de consommation excessive de substances toxiques et d’infractions aux règles et à la loi sont transitoires, limités à l’adolescence. Il convient donc de ne pas les considérer comme de la déviance en soi. Mais ces filles, qui du fait de leur précocité pubertaire vivaient des expériences sociales différentes des autres filles en début d’adolescence, ont eu tendance à ne pas faire d’études longues et à s’engager plus tôt dans une vie conjugale et familiale. Leur style de vie à l’âge adulte a donc été affecté par des expériences de début d’adolescence. D’autres études ont été réalisées dans la même ligne, sur des cohortes plus récentes. On retiendra de ce travail qu’il montre bien comment s’enchaînent des phénomènes des trois plans dans le développement à considérer en son intégralité  bio-psycho-sociale ; et aussi qu’il met clairement en évidence le rôle actif que joue l’individu dans sa trajectoire en structurant son environnement par ses choix de partenaires.

L’adolescence, une phase de la vie

On entend par adolescence, c’est la phase de la vie qui s’intercale entre la fin de l’enfance et le début de l’âge adulte. On la situe aujourd’hui entre l’âge de dix ans et l’âge de vingt ans. C’est assez récemment que l’on a commencé à traiter l’adolescence comme une phase de la vie à part entière et à en tenir compte en tant que telle. Au début du XXe siècle, on ne distinguait que deux phases: l’enfance jusqu’à l’âge de quatorze ans environ, puis l’âge adulte. En d’autres termes, les jeunes femmes et jeunes hommes étaient réputés adultes dès la puberté. Ensuite, dans la plupart des sociétés occidentales, on a considéré que l’adolescence était une brève phase de la vie, d’environ cinq ans, entre la puberté et le début de la vie professionnelle ou la fondation de sa propre famille. Dans la conception actuelle, l’adolescence couvre dix à quinze ans et est devenue une phase de la vie à part entière. Chez certains peuples primitifs, l’adolescence n’est pas une phase spécifique: les jeunes passent du jour au lendemain de l’enfance à l’âge adulte et, à partir de là, ils ont tous les droits et obligations des adultes et doivent s’assumer eux-mêmes complètement. Ce passage est souvent symbolisé par des rites initiatiques. L’adolescence commence avec la puberté, qui est déterminée par des critères biologiques Ces changements peuvent avoir des incidences psychiques tant positives que négatives. Par ailleurs, les adultes ne perçoivent dès lors plus les adolescents comme des enfants et attendent d’eux un comportement différent. L’adolescence prend fin globalement lorsque la personne concernée assume pleinement son rôle social  et acquiert une relative autonomie. Ce moment est toutefois défini différemment dans le temps selon le domaine concerné: en matière juridique par exemple, le droit pénal des mineurs ne s’applique plus à compter de l’âge de la majorité (18 ans).  En tant que formateur/trice, demandez-vous comment vous avez vécu votre propre adolescence: A quoi avez-vous remarqué que les adultes vous percevaient et vous traitaient non plus comme un(e) enfant, mais comme un(e) adolescent(e)? Comment avez-vous géré vos changements physiques? Pendant votre adolescence, avez-vous ressenti un manque de confiance en soi, de la vulnérabilité, etc.? Il est utile de chercher à vous mettre à la place des apprenant(e)s, car cela aidera à mieux les comprendre.

 Physiquement adultes, mais encore enfants socialement

La puberté intervient plus tôt qu’auparavant chez les adolescent(e)s d’aujourd’hui mais, dans le monde de plus en plus complexe qui est le leur, ils/elles mettent davantage de temps à trouver leur place dans la société. Sur les 120 dernières années, on observe chez les filles une puberté de plus en plus précoce: elles ont aujourd’hui leurs premières règles à l’âge de treize ans environ, contre dix-sept ans autrefois. La découverte du sexe opposé, et donc les relations sexuelles, sont également plus précoces. Sur les forums de conseil en ligne utilisés par les adolescent(e)s, les questions sur les relations intimes et la sexualité sont fréquentes. En revanche, selon le domaine de qualification choisi, la formation professionnelle dure aujourd’hui nettement plus longtemps, ce qui fait reculer l’âge de l’indépendance financière. Dès lors, les adolescent(e)s restent souvent financièrement dépendant(e)s de leurs parents plus longtemps qu’ils/elles ne le souhaiteraient et n’acquièrent que tardivement de véritables responsabilités professionnelles. L’apparence physique suscite des attentes dans l’environnement des adolescent(e)s, attentes auxquelles ils/elles sont confronté(e)s sans pouvoir (encore) y répondre. Or on ne saurait déduire la maturité sociale de l’apparence physique sous peine d’aboutir à des situations où les adolescent(e)s se sentent dépassé(e)s, en particulier dans l’univers professionnel. Outre cette évolution historique, il faut tenir compte aussi du fait que la puberté se manifeste de façon très différente selon les individus. Alors que les premiers changements physiques apparaissent déjà à l’âge de huit ans chez certaines filles, il faudra encore attendre quatre ans chez certains garçons. A quatorze ans, cette fille sera au bout de son développement corporel. Le garçon, lui, se développera en accéléré: après un démarrage tardif, sa transformation physique sera achevée en un an et demi, de sorte qu’il n’aura que peu de temps pour s’adapter et se sentir bien dans son nouveau corps. Mais les garçons dont le passage à l’âge adulte est visible plus tôt bénéficient d’un statut social élevé parmi les jeunes de leur âge, ce qui l’aidera peut-être. Chez les filles en revanche, un développement précoce peut avoir des conséquences négatives, notamment lorsqu’elles fréquentent des jeunes plus âgés qui se définissent par un comportement antisocial. En tant que formateur/trice, il est bon que: vous ne vous basiez pas aveuglément sur l’apparence physique (ou par exemple sur le fait qu’un garçon a mué) pour tirer des conclusions quant au développement social des adolescent(e)s concerné(e)s, mais que vous observiez attentivement le comportement des apprenant(e)s: où en est l’adolescent(e) dans son développement socio-émotionnel? Concrètement: comment fait-il/elle face aux tâches complexes, aux conflits?  Vous soyez en contact avec les apprenant(e)s et leur proposiez une relation de confiance.

Gérer les transitions

Le passage de l’école à la formation professionnelle ne doit pas être sous-estimé, tant est intense l’effort d’adaptation que doivent fournir les apprenant(e)s. Ils/elles doivent notamment: répondre à des exigences accrues en matière d’autonomie, se réorienter socialement sans pouvoir s’appuyer sur les amitiés préexistantes,  s’intégrer et s’affirmer dans des groupes hétérogènes en termes d’âge ainsi que parmi des collaborateurs/trices plus âgé(e)s, identifier ce que l’on attend d’eux/d’elles et déterminer si leurs aptitudes correspondent aux exigences professionnelles auxquelles ils/elles sont confronté(e)s. Lorsqu’un(e) adolescent(e) réussit à s’adapter, cela se traduit pour lui/elle par une expérience et une efficacité personnelle accrues. Par efficacité personnelle, nous entendons la conviction plus ou moins forte selon les personnes que l’on pourra accomplir avec succès les tâches souhaitées grâce aux compétences que l’on possède. Si toutefois ce processus d’adaptation menace d’échouer, c’est au minimum l’image de soi dans le cadre professionnel qui vacille. Et si l’adolescent(e) concerné(e) est confronté(e) en même temps à des tensions familiales et/ou à un rejet de la part d’une personne aimée, il/elle peut en être profondément affecté(e) et connaître des troubles du développement. Il convient donc de toujours trouver l’adéquation entre les capacités ou le potentiel de l’apprenant(e), ses objectifs, ce que l’on attend de lui/d’elle (au travail, dans le cadre familial ou parmi ses pairs) et les offres de développement existantes. En tant que formateur/trice, que faire pour être efficace?