Les violences conjugales vues par un psychologue

Les hommes sont plus susceptibles de blâmer les problèmes et les crises que les femmes dans le monde extérieur, par exemple leur partenaire. Si leur pression intérieure augmente fortement, certains vont même jusqu’à frapper. Et certains ont encore le sentiment d’avoir raison, comme l’explique un psychologue.

Les agressions 

Lorsque des agressions, des coups et d’autres formes de violence se produisent dans les partenariats, les expériences de l’enfance jouent souvent un rôle. La psychologue l’explique dans un entretien avec l’agence de presse allemande.

Il y a toujours des procès où le meurtre de sa propre femme est impliqué, moins souvent celui d’un homme. Les auteurs sont-ils souvent malades ?

Avec le mot maladie, c’est une chose difficile. Pour moi, c’est pour qu’il y ait une histoire dans chaque personne. Chez les hommes comme chez les femmes. Les gens portent en eux de nombreuses expériences, souvent depuis l’enfance. Cela nous a façonnés, et il est important de les comprendre et pour les personnes concernées de les sensibiliser. Ce n’est pas une excuse pour faire quelque chose comme ça. Il s’agit d’expliquer le comportement. En tant qu’adultes, nous sommes responsables de tout ce que nous faisons. Deux choses me frappent dans ma pratique : qu’à l’intérieur, les hommes et les femmes ont des idées différentes. Et souvent, la spirale de l’agression et de la violence dans une relation se développe au fil du temps. Au début, ce n’est qu’une incontrôlabilité dans les situations de conflit, et peu à peu, elle devient plus importante.

Quelles sont les différences qui jouent un rôle dans la violence au sein du partenariat ?

Réponse : Les hommes ont plus de mal que les femmes à percevoir leur vie intérieure. Cela est dû en partie au fait qu’ils sont plus capables d’agir, mais ils apprennent aussi. Ils recherchent la cause et la culpabilité des problèmes et des crises moins en eux-mêmes, dans leurs propres faiblesses et expériences, mais plutôt dans quelque chose d’extérieur. Et quelque chose d’extérieur est, par exemple, votre femme. Du point de vue de l’homme, elle a alors dit ou fait quelque chose qui le met en colère ou qui déclenche un sentiment difficile. Le problème n’est donc pas sa colère, son sentiment, mais la femme, qui est coupable d’avoir ces sentiments.

Et les femmes ?

Les femmes, en revanche, sont plus susceptibles de faire l’expérience de leur monde émotionnel intérieur lors de conflits et de crises, elles ne se sentent pas assez dignes, ont le sentiment d’avoir fait quelque chose de mal et cherchent donc le problème en elles-mêmes. Ils ne fixent alors pas assez tôt une limite pour un homme, même s’il devient agressif. Parce que pour fixer une limite, on doit se sentir bien. Cela n’excuse rien non plus. D’une certaine manière, nous sommes donc parfaitement compatibles. Mais c’est insatisfaisant pour les deux parties.

Mais si quelqu’un subit des pressions, il n’est sûrement pas obligé de frapper ?

Correct. Mais chez certaines personnes, les hommes, une pression émotionnelle de plus en plus forte s’accumule, dont ils ne peuvent se débarrasser. Dans la plupart des cas, ils n’ont pas appris à y faire face. Ils souffrent et ne voient les causes qu’en dehors d’eux-mêmes. Et si, par exemple, quelqu’un a également appris la violence comme un comportement courant dans son enfance, elle peut devenir un baril de poudre. La pression, les sentiments et la colère s’accumulent et à un moment donné, ils se déchargent sur le monde extérieur, par exemple contre leur partenaire ou celui qui est plus faible. Et souvent avec le sentiment d’avoir raison. Au moins jusqu’à ce que certaines personnes ressentent un sentiment de culpabilité par la suite.

L’amour a-t-il jamais été impliqué lorsque le meurtre est le résultat final ?

On fait également la différence, en matière d’amour et d’autres sentiments, entre le niveau d’action extérieur et rationnel. Et le niveau intérieur, à ce niveau, il s’agit de nos sentiments, qui n’ont rien à voir avec la logique. Beaucoup d’entre elles ont été créées dans l’enfance et n’ont pas été traitées. Au début d’une telle relation, il peut y avoir eu un amour d’adulte. Mais tout ce qui est blessé et non résolu en nous veut être guéri et se manifeste surtout dans nos relations intimes. Si les désirs, les besoins et la dépendance enfantine entre deux personnes prenaient le dessus, on ne parlerait plus d’un amour d’adulte. Dès que les drames intérieurs règnent, l’un, généralement les deux, est pris dans des émotions enfantines. Dans de très nombreux partenariats, la question est, et alors il s’agit de percevoir ces parties en soi et de les guérir en soi. Pour cela, on peut demander l’aide d’un expert. Mon partenaire n’est pas responsable de ces sentiments.

Problèmes de mesure

La prévalence et le partage par genres de la violence conjugale au sein d’une population sont difficiles à évaluer parce que les instruments de mesure ne sont pas équivalents et que des variations méthodologiques en apparence anodines exercent un effet important sur les réponses des participants et conséquemment sur la mesure. Les enquêtes sur la violence conjugale se font généralement au moyen de statistiques policières et d’enquêtes de victimation ; ces différentes méthodes peuvent engendrer des résultats divergents.

  • Statistiques policières

Les statistiques policières, souvent utilisées, fournissent une image partielle du phénomène puisqu’elles ne compilent que des formes criminelles de la violence conjugale et parce que tous les crimes violents ne sont pas rapportés à la police. Par ailleurs, non seulement les statistiques policières sous-estiment la prévalence des actes, mais elles provoquent une distorsion dans le tableau de partage des genres. Au Canada, l’ESG montre que les victimes de sexe féminin étaient environ trois fois plus susceptibles que les victimes de sexe masculin de dire qu’elles avaient signalé l’incident à la police. Les statistiques policières ont donc tendance à sous-représenter la violence conjugale subie par les hommes.

  • Enquêtes populationnelles à question ouverte

Les enquêtes populationnelles sont des enquêtes conduites à l’aide de questionnaires auprès d’échantillons probabilistes représentant une population définie. Ces enquêtes sont dites à question ouverte lorsque l’évaluation repose sur une seule ou un très petit nombre, question d’ordre général sur des actes de violence, des agressions ou des mauvais traitements subis.

Ces enquêtes donnent déjà une mesure plus juste de la prévalence parce que les personnes interrogées ne se limitent pas aux personnes ayant signalé des incidents à la police. Elles sont cependant dénoncées par bien des auteurs qui constatent que les définitions de ce qu’est une agression ou un abus sont subjectives et peuvent donc varier d’une culture à l’autre, d’un sous-groupe à l’autre dans une culture et même entre les individus d’un même sous-groupe.

  • Enquêtes populationnelles à questions fermées

Les enquêtes populationnelles à questions fermées sont également conduites à l’aide de questionnaires auprès d’échantillons probabilistes représentant une population définie, mais les questionnaires sont composés de questions spécifiques et précises sur des actions objectives ce qui laisse beaucoup moins de place à la définition subjective de chaque individu quant à ce qui constitue un acte de violence ou non. Les enquêtes populationnelles à questions fermées offrent donc de meilleurs avantages que celles à question ouverte en ce qui regarde la validité. Elles neutralisent en grande partie les distorsions dans le partage des genres.

Facteurs de risque et de protection

L’Organisation mondiale de la santé identifie dans son rapport Prévenir la violence exercée par des partenaires intimes et la violence sexuelle contre les femmes des facteurs de risque à plusieurs niveaux : individuel, relationnel, communautaire et sociétal. Les principaux facteurs sont : le faible niveau d’instruction, l’exposition à la violence au cours de l’enfance, abus sexuel, violence interparentale, les troubles de la personnalité antisociale chez les hommes impulsivité, manque d’empathie, l’usage nocif de l’alcool, de multiples partenaires ou infidélité chez les hommes, les attitudes qui admettent la violence, les antécédents à titre d’auteur d’actes violents ou de victime, la mésentente ou insatisfaction conjugale. Les principaux facteurs concernant particulièrement la violence sexuelle sont : les croyances entourant l’honneur familial et la pureté sexuelle, l’idéologie du droit masculin aux rapports sexuels, les faibles sanctions juridiques. Les facteurs de protection peuvent varier selon les pays et les cadres de vie. Ce sont : des efforts de prévention primaire ciblés en priorité vers les jeunes, la prévention de toutes les formes de violence, la réduction globale de la consommation d’alcool dans la population. D’autres facteurs peuvent faire l’objet de mesures de prévention primaire, par exemple lutter contre l’acceptation de la violence, rendre l’instruction plus accessible aux femmes, modifier les lois qui lèsent les femmes et appliquer des politiques plus équitables envers les deux sexes.

Cycle de la violence

La violence conjugale, lorsqu’elle n’est pas situationnelle mais relève d’une dynamique au sein du couple, s’accompagne d’une prise de contrôle progressive d’un des partenaires sur l’autre, qui installe la victime dans un sentiment de peur et d’impuissance. Le caractère insidieux de cette prise de contrôle la rend difficile à percevoir, même par l’extérieur. Elle se manifeste par une lente escalade, et un cycle en quatre phases qui se répète et s’accentue avec le temps: une phase de tension, lors de laquelle le partenaire violent fait savoir verbalement ou non verbalement à la victime qu’elle ne correspond pas à ses attentes et besoins, et qu’elle court un danger. La victime s’attache à apaiser cette tension par la soumission, apeurée à la fois par l’imprévisibilité de son partenaire et par la fatalité de l’agression, ce qui renforce encore l’agressivité du partenaire. Lors de la phase d’explosion, les tensions s’aggravent en une explosion agressive qui disperse la tension et qui mène le couple à la phase suivante. Lors de la phase d’accalmie ou de justification, le partenaire violent est calmé, son énergie apaisée. La victime sort de son état de peur et de paralysie et redevient active, soit pour neutraliser les conséquences négatives de la violence, soit pour prévenir de futures explosions. La victime demeure ambivalente face à son agresseur, qui cherche de son côté à minimiser ses actes en les justifiant, en niant ou en minimisant l’agression et en culpabilisant encore la victime. Cette rationalisation de la violence donne cependant à la victime l’impression qu’une amélioration de la situation est en son pouvoir. Enfin, pendant la phase dite de réconciliation, pour ne pas perdre son partenaire, le partenaire violent tente de faire oublier son agression par un comportement attentif, voire par des supplications. Ceci fait croire à la victime que son partenaire n’est pas vraiment violent, mais quelqu’un d’attentionné, que la violence l’a submergé malgré lui et que cela ne se reproduira plus. Ces phases peuvent durer très longtemps au début, mais se raccourcissent avec le temps, surtout la phase lune de miel. Il est difficile pour la victime de terrorisme intime de comprendre que la violence est ancrée de manière structurelle dans le couple et ne constitue pas uniquement des incidents isolés.